La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer – Emeline Fisher
FACTS

La ville de Birmingham compte actuellement 22 Purs, 6 Purifiés et 25 Impurs, la Résistance semble recruter plus de membres que l'Ordre du Phénix, il serait peut être bon de se méfier de ce regroupement.
Les les femmes deviennent importantes et prédominantes, au détriment du sexe masculin, pourtant si charmant.




 
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 La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer – Emeline Fisher



l'impureté sera traitée et éradiquée
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MessageSujet: La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer – Emeline Fisher   Lun 13 Fév - 21:20



La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer

Ft. Emeline Fisher





Chambre d'Emeline
Face à face, ça doit bien faire trois longues minutes que vous vous jaugez du regard. Il est loin le temps où vous échangiez vos promesses d'amour éternel, loin le temps où vous vous faisiez confiance malgré tous les imprévus de cette chienne de vie. Merlin qu'il t'en a coûté que de lui avouer tout ce que tu ressentais, et c'est ainsi qu'elle te remercie ? En se donnant en spectacle devant Emeline, en te renvoyant ce que tu as fait pour elle en pleine tronche ? Oui tu vas en épouser une autre, mais uniquement pour vous protéger, vous sauver, vous préserver des radars de l'Ordre du Phénix. Elle, esclave, tu sais que tu n'aurais jamais pu te marier avec sans abandonner ta liberté, et c'est une chose qui te paraît impossible. Même elle, elle devrait le comprendre, même si elle fait celle qui refuse d'entendre raison. Tu n'avais pas le choix. Vous n'aviez pas le choix. Si tu pouvais lui dire la vérité, tout serait plus simple, mais tu ne peux pas. Tu ne peux pas lui expliquer que tu as fait la connerie monstrueuse que de t'envoyer en l'air avec Ulyana pour l'oublier, et que la charmante Patrouilleuse n'a pas du tout aimé que tu la plaques, que tu lui résistes. Qu'à cause de ça, elle est convaincue que tu as une amante. Qu'à cause de ça, tu dois lui prouver que c'est exact, mais que ça n'est pas une esclave et que tu ne fais rien de mal. Lui avouer, ça serait l'abandonner. Tu le sais. Et tu ne peux pas t'y résoudre. Pas alors que tu as enfin réussi à accepter ces sentiments, cruels, terribles, coupables, pour elle. Qu'aurait-il dit, hein ? Alors, vous vous toisez. C'est au premier qui cédera. Et c'est elle. C'est elle qui, dans un dernier cri de douleur, finit par s'enfuir de la demeure des Fisher en claquant la porte derrière elle.

Toi, tu restes comme un con.

Planté là, à regarder la porte sans rien faire.

Tu es désolé. Pour elle. Mais aussi pour Emeline, qui n'avait pas besoin de perdre une amie à cause de tes conneries. Tu savais Lykaïa terrible. Tu la savais jalouse, possessive. Tu n'étais pas aveugle au point de n'avoir jamais remarqué à quel point tes relations ici et là la rendaient malade de jalousie, ou même à quel point ça te crevait le cœur que de lui mentir sur tes sentiments en sentant bien que tu la brisais chaque fois un peu plus. Elle ne disait rien pourtant. Oh il y avait bien eu ces disputes. Ces disputes où – évidemment – vous vous mentiez sur le pourquoi du comment vous vous énerviez, trouvant des prétextes toujours plus bidons. Jusqu'au jour où vous vous étiez – enfin – tout avoué. Alliez-vous tout casser par manque de confiance ? Dépité, tu as jeté un regard à Emeline. Votre relation est récente, fragile, mais Lykaïa n'aurait jamais dû agir ainsi. Et c'est justement ce que tu craignais le plus. Alors quoi ? Était-ce fini ?

La voix penaude, tu as demandé à Emeline si elle ne voyait pas d'inconvénient à ce que vous restiez ensemble pour l'attendre. Elle a accepté, et vous avez passé le reste de la journée coincés dans sa chambre, devant un poste de télévision que vous ne regardiez qu'à peine. L'heure avait tourné. Dix heures. Onze heures. Midi. Lykaïa ne rentrait toujours pas, et tu n'avais aucune idée de ce que tu devais dire pour rassurer Emeline, si ce n'est : « Ne t'inquiète pas, elle s'y fera. Elle a seulement besoin de se calmer. C'est tout. » Oui, c'est tout. C'est en tout cas ce que tu as essayé de te faire croire. Puis... un flash information. Terrible, car totalement imprévisible et inattendu. Une explosion, à Birmingham, dont on faisait déjà courir le bruit qu'elle était le fruit d'une action de la Résistance. Tu as rehaussé un sourcil, complètement dérouté par cette annonce. Autant de morts ? Des esclaves parmi les morts ? Oh tu ne vas pas cracher que la mort des Chatterton, de l'Ayling ou de la Blackwood soit une excellente nouvelle à tes yeux. Mais... et tous ces esclaves ? Un sacrifice pour la cause ?

Jusqu'alors, jamais la Résistance n'avait pris le risque de tuer des innocents...

Alors... qu'est-ce que cela voulait dire ?

- … C'est bizarre, laisses-tu finalement échapper, sans quitter la télévision des yeux.

Une conférence est annoncée.

Et toi, tu fronces les sourcils, complètement paumé.




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MessageSujet: Re: La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer – Emeline Fisher   Mar 14 Fév - 21:03


La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer
« FLEURS FANEES MEURENT, NOIR ET BLANC SEULES COULEURS D'UN FUTUR QUI EST DEJA LE PASSE POUR NOUS DEUX, ET POURTANT IL VAUT VIVRE OU SURVIVRE SSANS POEME SANS BLESSER CEUX QU'ON AIME, ETRE HEUREUX, MALHEUREUX, VIVRE SEUL OU MEME A DEUX »

Ils se déchirent devant toi et tu n’interviens pas. C’est ton fiancé, un très bon ami, et l’une de tes amies les plus proches, ton esclave désormais, qui se disputent. Et dire que tu avais cru que tu faisais tout cela pour le mieux. Que tu lui rendais service au passage. Mais elle ne veut pas comprendre. La jalousie parle pour elle et tu la comprends malgré tout. Parce que tu ne sais pas comment tu aurais réagi à sa place. Mais tu n’y es pas, tu n’y seras jamais. Parce que tu as eu la chance qu’elle n’a pas eu. Une fois de plus la culpabilité te ronge, tu aurais pu être à sa place. Voir celui que tu aimes en épouser une autre parce que ton statut de sang était trop dangereux pour vous deux. Mais non, tu étais là, bien vivante et tu lui volais Wilh. Alors tu restais silencieuse pendant que le couple se déchirait. Tu savais qu’il avait raison, tu savais que tu avais pris la bonne décision pour elle. Mais plus rien ne serait jamais pareil. Elle ne te le pardonnerait jamais. Tu priais pour qu’elle comprenne pourquoi vous aviez pris cette décision. Mais elle ne semblait pas vouloir le faire. Pas pour l’instant. Il lui faudrait du temps et tu le savais très bien aussi. Mais ce n’était pas la première fois qu’elle était mise au courant de la situation. Cela faisait des mois désormais et rien ne semblait changer de ce coté là. Entre ça et sa maladie que les docteurs n’avaient pas réussie à identifier, elle était vraiment à bout et tu le sentais. Mais au moins, elle était au chaud, elle était chez une amie, dans une famille qui la considérait comme un membre de celle-ci. Tu l’avais sauvée de sa vie d’esclave mais tu n’avais pas réussi à la rendre heureuse. Tu ne l’étais jamais vraiment non plus, mais elle ne le serait pas plus chez toi. Non, elle était obligée de vivre jour après jour avec toi, celle qui lui avait volé son amant, celui qu’elle aimait. Votre lien, votre amitié si importante à tes yeux au point que tu avais cherché à la sauver. Une amitié basée sur des passions communes mais également des connaissances communes s’effritait, se brisant petit à petit.

Un des deux allaient craquer, la colère allait devenir trop forte pour qu’ils restent tous deux. Leurs regards ne se lachaient pas, tu assistais à leur duel silencieux. Et c’est elle qui partit. La porte claqua avant même que tu aies le temps de la rattraper. Il ne fallait pas qu’elle sorte. Pas dans son état. Pas alors que les symptômes de sa maladie grandissaient jour après jour. Si elle faisait une crise, personne ne l’aiderait. Et si elle faisait un malaise ?  Elle était une esclave, personne ne s’occuperait d’elle. Elle pourrait crever la gueule sur le trottoir que les gens l’y laisseraient. « Ne t'inquiète pas, elle s'y fera. Elle a seulement besoin de se calmer. C'est tout. » Il tente de te rassurer mais cela ne fonctionne pas très bien. Parce que la situation dure depuis trop longtemps désormais. Tu te contentes de hocher la tête, d’acquiescer. Tu veux y croire mais y croit-il lui-même. Il a toujours trouvé les mots pour te rassurer, il a toujours voulu te protéger mais vous n’aviez jamais compris que pour lui comme pour toi, c’était les autres qu’il fallait protéger de vous. De vous et des décisions que vous étiez capables de prendre parfois. Tu te soutiens Acanthe et Doralenn. Les réactions qu’elles avaient toutes les deux eu lorsque tu avais tenté de les aider. Elles refusaient cette aide, parce qu’elles avaient peur des conséquences qu’elles auraient sur elles. Pourtant, tu ne les avais pas laissé décider. Même lorsque tu cherchais à aider, à oublier que tu n’étais pas comme eux en leur apportant un peu de joie, les victimes collatérales de tes actions étaient importantes. Et Lykaïa était peut-être ta plus grosse victime. Comme l’avait également été Aestas, pour lequel tu avais pourtant développé des sentiments.

Vos regards ne quittent pas vraiment l’écran de télévision que vous regardez tranquillement dans ta chambre. Pourtant, tu n’y prêtes pas à attention. Tu retraces cette journée où il t’a demandé en mariage. Toutes les étapes et tu tentes de te convaincre une nouvelle fois que tu as pris la bonne décision. Mais plus le temps avance, plus c’est difficile à croire pour toi. Cette décision visant à protéger Lykaïa t’a éloignée d’elle. Mais aussi d’Aestas. Et on ne parle même pas de ta famille, famille qui ne comprend pas. Ton frère essaie, mais il sait que tu lui mens lorsque tu lui dis que tu es heureuse à ses cotés, parce qu’il t’a vu pleurer en silence dans ta chambre. Alors il a tenté de savoir, et tu lui as menti, pour le protéger et il ne l’a pas supporté. Tu sais qu’il est là pour toi, comme il l’a toujours été, mais il ne peut s’empêcher de revenir à la charge, ta relation avec lui se résumant désormais à comprendre pourquoi tu vas si mal alors que tu as enfin avancer dans ta vie. S’il savait, que tu n’arrives toujours pas à faire le deuil de tes parents même si tu prétends le contraire, que la colère gronde encore en toi, que ton cœur est brisé de ne pouvoir être aux cotés d’Aestas alors que tu as si peur qu’il ne te pardonne jamais ce nouveau mensonge… Ta mère de son coté n’approuve pas forcément, mais elle ne juge pas. Mais ton père t’en veut. Parce qu’il te trouve trop jeune. Tu avais brisé ta famille au passage. Heureusement, il serait là, pour toi tout de même. Il fallait que tu lui parles d’Aestas, que tu trouves un moment. Cela n’avait que trop duré.

Les heures passent et tu commences tout de même à t’inquiéter. Parce que même en colère, Lykaïa devrait être de retour. Une heure pour se calmer, c’est largement suffisant. Et s’il lui était arrivé quelque chose. S’il lui était arrivé quelque chose alors que c’est en partie de votre faute, à tous les deux, si elle était sortie. Mais tu restes silencieuse. Tu gardes ta peur pour toi. Ca ne sert à rien de paniquer, elle sera de retour d’ici quelques minutes. Elle avait peut-être besoin d’encore plus de temps pour se calmer. Ou alors elle a cherché à discuter avec une autre amie parce que c’était impossible pour elle de se confier à toi.

Et puis la nouvelle tombe. Tu vois les images de la rue, tu as l’impression que c’est la guerre qui s’est abattue dans votre ville. L’information tourne en boucle ainsi que les images du Plough détruit, un attentat à la bombe apparemment, mais aussi les visages des quatre morts issus des hautes familles. Ils disent qu’il y aurait une cinquantaine de morts, esclaves comme libres, impurs comme purs. Ils disent que c’est la résistance mais tu n’y crois pas. Ils ne s’attaqueraient pas aux impurs. Ce n’était pas leur but, enfin, c’était l’impression que tu en avais. « … C'est bizarre. » Wilheilm semble d’accord avec toi. Et puis le doute s’installe petit à petit dans ton esprit. Cela devrait faire des heures qu’elle est rentrée désormais. « Est-ce que tu crois que… » Tu ne peux finir ta phrase, parce que le dire serait rendre la chose réelle. Et si elle était là-bas. Et si elle faisait partie de ses victimes esclaves ? Et si… Tu ne dis rien mais un frisson parcourt ton dos alors que tu te fais petit à petit à cette éventualité. Mais tu ne veux pas y croire. Parce que d’ici quelques minutes, Lykaïa va franchir cette porte. Elle aura retrouvé un semblant de sourire et ton existence repartira comme s’il ne s’était jamais rien passé.
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MessageSujet: Re: La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer – Emeline Fisher   Mer 15 Fév - 18:24



La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer

Ft. Emeline Fisher





Chambre d'Emeline
- Est-ce que tu crois que...
- Non.

Tu ne veux même pas envisager cette possibilité. Pourquoi Lykaïa aurait-elle été là-bas ? Certes, vous aviez pris l'habitude de vous balader à Harbone quand vous vous rencontriez dans le plus grand des secrets, mais ça ne veut rien dire du tout à tes yeux. C'est le “Plough” qui a sauté, pas le quartier. Même si Emeline la paie mieux qu'une autre famille ne l'aurait fait, tu sais pertinemment que ça ne veut rien dire pour autant : les Fisher ne sont pas les Fawkes, ils ne pourraient pas payer des fortunes une simple esclave. Elle n'aurait jamais eu les moyens de manger là-bas. À moins d'avoir volé un Pur. Et tu connais assez la jeune femme pour savoir qu'elle n'aurait jamais pris un tel risque. C'est ce que tu te répètes, en boucle. Encore et encore. C'est invraisemblable. Pourtant, plus tu y songes, plus l'alternative prend du sens. L'illogique devient logique. Tu as peur. Tu as peur parce que tu ne sais pas quelle serait ta réaction si Lykaïa était bel et bien morte. Comme ça. Le cœur serré, tordu de douleur, tu te refuses d'imaginer le pire, mais maintenant qu'Emeline a formulé l'alternative, l'alternative prend vie, prend corps, s'impose à toi comme une vérité plausible bien que tu la rejettes en bloc.

Et toi, tes mains se crispent. La souffrance se diffuse en toi, physique et mentale. Tu sens ton dos se nouer, s'engourdir, se contracter sous la puissance de la tension qui s'accumule, plus vicieuse que le venin mortel d'un mamba noir. Purs et impurs ont péri dans cette attaque. Impurs. Sorciers. Lykaïa ? La Résistance coupable ? Tu n'y crois pas. C'est un cauchemar. Tu vas te réveiller. Comment pourrait-il en être autrement ? Tes neurones s'activent, bourdonnent, fredonnent – moqueurs – l'horrible litanie qui, inlassablement, répète qu'elle n'est pas morte, qu'elle ne peut pas l'être. Elle n'aurait pas été là-bas. Elle n'avait aucune raison de s'y rendre. Sa maladie l'a diminuée, affaiblie. Sa maladie l'a rendue aigrie, mais pas au point de se montrer suicidaire. Jamais. Elle t'avait toi. Elle t'avait. En dépit des apparences, elle t'avait, vous vous aimiez, elle aurait tout sacrifié pour toi de la même façon que tu aurais tout sacrifié pour Elle. Alors, tu refuses d'y croire. Impossible. Incongru. Inconcevable. Elle a forcément tort. Emeline se trompe nécessairement. Parce que vous aviez murmuré ces douceurs, ces promesses, cet amour infini. Parce que l'odeur de son parfum imprégnait encore chacun de tes sens. Parce que vous étiez un tout : vous viviez pour l'autre. Parce qu'elle avait avoué t'avoir toujours aimé. Parce que tu avais été toi-même pour la première fois depuis de nombreuses années. Avec Elle, plus de mensonges. Avec elle, pas besoin de se cacher. Avec elle, pas besoin d'être un autre.

Alors non : sa mort ne pouvait être.

Il n'y avait que sa vie, la vôtre, et celles que vous pourriez avoir si un jour tout redevenait comme avant. Il n'y avait que son amour, le tien, le vôtre, et ceux qu'elle aurait pu enfanter un jour, ce jour où tout irait mieux. Vous ne viviez que pour ce futur. Sa maladie n'était rien qu'un détail sur cette route. Sa maladie n'était qu'un de ces nombreux (et futiles) obstacles à surmonter. Mais vous étiez forts. Vous étiez ces forces de la nature qu'on respecte et qu'on redoute. Celles qu'on voudrait soumettre mais qu'on ne peut que subir. Vous étiez votre tout, votre indicible. Vous étiez cette montagne qui écrase et qu'on ne peut que gravir en espérant la conquérir. En vain.

Lykaïa n'était pas morte.

Fin de l'histoire.




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MessageSujet: Re: La beuglante qu'on aurait jamais dû envoyer – Emeline Fisher   Jeu 16 Fév - 19:20


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« Non. » Sa réponse est sans équivoque. Pour lui, Lykaïa ne peut pas avoir été là-bas. Pourtant, au plus profond de toi, tu sais que ce n’est pas normal qu’elle ne soit pas rentrée. Elle était peut-être énervée mais il n’y avait pas raison qu’elle ne revienne pas. L’heure du repas était largement dépassée. Elle aurait dû être là depuis des heures désormais. Mais tu ne dis rien. Tu restes silencieuse alors que Wihleilm ne veut pas se faire à l’idée. Tu n’insistes pas. Il a certainement raison. Elle avait juste besoin de faire plus le vide par rapport à d’habitude. Le silence s’installe alors que ni l’un ni l’autre ne veut le briser. Parce qu’il n’y a plus rien à dire désormais, juste à attendre. Ton regard ne se détache pas de la télévision et des images qui y tournent en boucle. Petit à petit ta gorge se resserre car tu tentes tant bien que mal de te faire à l’idée de cette éventualité. Eventualité que tu ne veux pas croire possible. Que tu espères de tout cœur ne pas être vrai. Elle aurait très bien pu être dans la rue juste à coté du Plough quand celui-ci a explosé. Elle pouvait faire partie de ces victimes collatérales dont ils parlaient. Elle était peut-être juste blessée. C’était déjà trop.

Ton cœur se brise petit à petit, au fil des minutes passant sur l’horloge sans qu’elle ne rentre. Tu sens que tes yeux commences à piquer alors que la peur t’envahie. Parce que oui, tu as peur. Peur pour elle et ce qui a pu lui arriver. Elle n’était pas que ton esclave, elle était ton amie, une des amies les plus proches. Tu l’avais rencontrée des années plus tôt et vous aviez gardé contact tout ce temps, parlant notamment de soins et de médecine. Tu lui filais tes cours car elle ne pouvait y accéder à cause de son statut. Un lien singulier entre vous deux, la pure et l’impure, mais une amitié belle et bien réelle. Amitié que tu sentais s’estomper depuis que vous aviez pris cette décision. Tu t’en voudrais tellement si elle était morte là-bas à cause de vous. Elle serait morte en pensant que tu lui avais volé Wilheilm. Elle serait morte triste et malheureuse à cause de cette décision que vous aviez prise. Tu savais que tu l’avais fait pour elle, mais c’était à cause d’elle qu’elle avait quitté cette maison aujourd’hui. A cause d’elle qu’ils s’étaient disputé, à cause d’elle qu’elle était partie se calmer. A cause d’elle qu’elle n’était toujours pas revenue.

Tu ne sais plus quoi faire. Tu n’en peux plus d’attendre ici. Pas en la sachant dehors. Tu ne peux pas rester ici à tourner en rond. A t’imaginer qu’un des corps sous ces bâches noires est peut-être le sien. Parce que même si tu ne veux pas y croire, tu ne peux pas t’empêcher d’y songer de plus en plus. Car l’heure tourne et qu’elle n’est toujours pas là. « J’en peux plus je vais la chercher. » Parce que si elle était dehors, vous finiriez bien par la retrouver. Tu te lèves déterminer à aller à sa recherche. Pourtant tu ne peux cacher ton angoisse, elle est présente partout en toi alors que tu trembles légèrement, que ton visage est fermé, tendu et qu’on pourrait voir quelques larmes briller dans ton regard.

Elle devrait être de retour depuis bien trop longtemps pour que tu ne fasses pas ce lien de cause à effet. Elle devrait être de retour depuis bien trop longtemps pour que ton inquiétude ne soit pas à son paroxysme. La peur prend tes tripes, ton ventre se noue. A moins que ce ne soit déjà un début de tristesse à l’idée qu’elle ait définitivement disparue.

Mais ce n’était pas possible, elle était trop forte. Elle devait être ailleurs en train de laisser couler sa souffrance.
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